Echo à l’atelier l’enfant mon égal… – L’essence de notre école –

Classé dans : Philosophie | 0

Parfois je me demande si mon cheminement par rapport à l’accompagnement des enfants ne m’emmène pas dans une direction trop lointaine de la réalité… Vous savez, cette réalité, celle qu’on vous dit qui existe dehors et dont il paraît que vous cherchez à vous exclure ou exclure vos enfants…

Cet article raconte trois situations qui m’ont marquée lors d’un week-end. L’occasion de revenir à ce qu’est l’essence de L’Atelier des Possibles.

Le besoin de sécurité chez l’enfant vs le besoin de liberté chez l’adulte

J’étais en visite dans ma famille, ma grand-mère était souffrante… avec mes 2 enfants du coup (3,5 et 6,5 ans). Nous sommes passés voir des amis de la famille, qui ont des enfants aussi, mais une vision de l’éducation plus “traditionnelle”.

Je me suis rendu compte que c’était pas le bon moment de la journée pour nous de faire cette visite quand mon plus jeune piquait du nez dans la voiture. Bon, c’est pas comme si j’avais toute la journée, alors un peu de stimulation et hop on y était. Le problème quand on est dans cette phrase de la journée, c’est qu’il est trop fatigué pour rester loin de maman…

« Mais laisse ta maman un peu, elle a besoin d’espace aussi tu sais »…

Entrer ? Dehors ? Chaussures ? Pieds nus ? Mon fils répondait de moins en moins aux sollicitations… Petit à petit il s’est renfermé et s’est blotti davantage dans mon cou. La crise arriva quand mon amie l’a forcé à avancer : « je croyais qu’il voulait sortir »… Pleurs et encore plus de collage à maman…

Que se passe-il chez les enfants lorsqu’ils sont inquiets ? Lorsqu’on les force à faire quelque chose qu’ils n’ont pas choisie ?

Chez mes garçons, que je n’ai pas habitués à exécuter mes ordres, ni forcés à respecter les conventions qu’ils ne comprennent pas, la réponse à un tel comportement est clair : ils se figent, voire fuient. Ca a l’effet inverse… Les remettre en confiance prend du temps, voire devient impossible et ils s’accrochent encore plus à moi, comme à une bouée dans une piscine…

Que se passe t il chez l’adulte, lors qu’il veut forcer l’enfant à faire ce qu’il croit bon pour lui, ou pour quelqu’un d’autre ? Lorsqu’il pense savoir comment s’adresser à l’enfant (déformation professionnelle de prof ?) et qu’il voit l’enfant réagir à l’opposé ? c’est-à-dire ne pas obéir, concrètement…

L’adulte a l’impression que l’enfant fait un caprice. Cet adulte croit savoir mieux que l’enfant ce qui est bon pour lui (je ne critique pas là la véracité ou non de cette pensée) et ne comprend pas pourquoi l’enfant n’obéit pas… Il a l’impression que le parent se laisse submerger et n’a aucune autorité.

Je crois que la question fondamentale est : est ce que je perds mon autorité si je n’impose pas systématiquement mon point de vue à mon enfant ? Quelle est la limite entre respecter mon enfant et ne rien lui imposer ?

et au delà de cela, quel est mon rôle dans l’accompagnement de son état émotionnel, connaissant l’état du développement d’un cerveau d’enfant, développement non achevé qui peut l’empêcher de réagir comme l’adulte conventionnel voudrait ? N’est ce pas violent pour l’enfant que de vouloir à tout prix lui imposer mon idée, sous prétexte que j’ai vécu donc je « sais » mieux, sans prendre en compte la façon dont lui peut gérer ses émotions ?

Le besoin de compréhension, de bienveillance chez l’enfant vs le besoin de respect et d’ordre chez l’adulte

Ce même week-end, je suis tombée sur 2 autres cas, encore plus violents pour moi.

D’abord, chez ma grand-mère, qui a 98 ans, et se déplace en déambulateur chez elle. Les enfants jouaient, chahutaient, un peu fort, autour d’elle. Mon beau père a eu peur qu’ils la renversent et après un moment, a crié sur mes enfants en leur ordonnant d’aller dans la chambre d’à côté, et s’est servi de sa taille pour les faire bouger. Je crois que c’était la première fois que quelqu’un parlait comme ça à mon fils. Il a été bien surpris et apeuré. Il s’est renfermé sur lui en pleurant dans un coin.

Alors certes, un cri de la sorte apporte l’action demandée : un espace sans enfant où la sécurité est retrouvée. J’imagine qu’il n’y avait pas d’autre solution pour mon beau père qui se sentait démuni pour faire arrêter ce jeu dangereux. Et c’était peut être une question critique que d’arriver au résultat rapidement. Ceci dit, à qui, autre qu’un enfant vulnérable, va t on s’adresser de la sorte en criant dessus pour imposer une action ? Pourquoi se sent-on légitime de parler ainsi sur des êtres moins forts ? Est ce simplement parce qu’on a vécu la même chose ? Est ce parce qu’on n’a pas d’autre outil aussi efficace sur l’instant ?

Il me semble qu’on peut parler avec fermeté, prendre des mesures de protection physique, sans être dans la colère… et c’est peut être là le problème de ce type de comportement d’adultes qui utilisent la force pour obtenir ce qu’ils veulent des enfants… Au delà du modèle qu’ils représentent (car souvenons nous, un des principaux outils que l’enfant utilise pour apprendre c’est l’imitation), l’utilisation du cri pour se faire obéir s’associe généralement à une émotion forte de colère qui induit du coup de la violence dans la relation. Si le ton était fort, mais détaché de l’émotion, alors le résultat ne pourrait-il pas être aussi efficace mais la violence subie bien différente ?  Nous, adultes qui avons subi ces violences ordinaires, avons d’encore besoin de beaucoup d’entraînement pour pouvoir dissocier notre comportement de nos émotions (et c’est pourtant ce qu’on demande aux enfants !).

Besoin de lien et de jeu chez l’enfant vs. le besoin de tranquillité chez l’adulte

Enfin la dernière situation de ce week-end intense en émotions s’est passée dans le train… bondé, jour de grève oblige… Mon plus jeune fils avait décidé de jouer à faire rouler un pot de pâte à modeler depuis notre table par terre… Au bout d’un certain temps, le pot a bien entendu heurté un voisin, qui s’est plaint… J’ai été ferme (peut-être pas assez?) en expliquant à mon fils les conséquences de ce jeu, le fait que notre voisin était dérangé,  qu’on ne pouvait pas jouer à ce jeu dans le train, …. Comme Filliozat l’annonce dans ses livres, il a du coup voulu continuer, pour être sûr de bien saisir les limites de son action et ses conséquences, en faisant attention, mais sans pouvoir assurer d’éviter l’accident… qui arriva de nouveau. Là, notre voisin a réagi violemment en lui disant directement qu’il arrête ça tout de suite et me disant que si je ne faisais pas quelque chose, alors ça allait mal se passer ! [Ça m’a rappelé cette fois où mon ainé qui avait moins de 2 ans voulait dormir allongé par terre dans l’avion, et que l’hôtesse impuissante m’avait menacée de « nous faire descendre de l’avion si je ne le réveille pas pour le mettre sur son siège !” (on était au milieu de l’océan atlantique !] Bref, je me suis demandé si sa menace était qu’il allait être violent auprès de mon fils ou auprès de moi si je ne le faisais pas arrêter de suite… Etrange répartie… Bref, mon fils n’arrivait pas à s’arrêter, mais faisait très attention à ce que ça n’aille pas trop vers le monsieur énervé… jusqu’à ce qu’heureusement, au bout de quelques minutes, il accepte enfin de changer de jeu ! Ouf ! nous étions sauvés !

Je me demande ce qui génère tellement de violence chez les gens… Est-ce le fait de voir un enfant qui peut vivre avec plus de liberté et auquel on autorise un peu plus d’espace qui les gêne tellement ? Est-ce le fait d’être interrompu dans une recherche de tranquillité (car oui, il y a eu un peu de bruit avec des jeux de voitures sur le sol du train) ? Est ce  que c’est moi qui suis dans un tel décalage par rapport à cette réalité que j’autorise une liberté d’être à mes enfants qui n’a pas de place dans cette vie ? Est ce que c’est à moi de conformer mes idéaux de respect des enfants aux aspirations d’une société que je trouve malade ou malsaine ? (Car oui s’adresser à un enfant de 3 ans en lui disant « qu’il m’emmerde», je trouve ça limite…) Est-ce à ces adultes en manque d’amour à s’adapter à cette proposition de respect des enfants et ouvrir leur cœur? (C’est généralement ce qui se passe finalement car mon plus jeune aime le contact et invite souvent les gens qui croisent son regard à s’amuser avec lui.)

Je n’ai pas vraiment de réponse autre que mon besoin de me soucier de l’autre m’impose de faire respecter un cadre un peu plus rigide à mes enfants lorsque nous sommes en présence de personnes plus sensibles (au bruit, à l’agitation, aux enfants). Il m’est aussi important de respecter, malgré ce contexte, les valeurs qui sont pour moi chères et de mettre des mots sur ce qui se passe, ce que je trouve d’acceptable et de non acceptable… Mettre des mots sur les émotions des autres, de chacun, permet à l’enfant de se situer dans la réalité qui est finalement nôtre : celle de composer avec ce qui est vivant, dans notre famille ou en dehors, afin de s’adapter à ce monde tout en restant proche de nos valeurs. ..

Et comment ça se passera à l’Atelier des Possibles ?

Pour répondre simplement à cette question j’aurais envie de citer le préambule du règlement intérieur de l’école, qui donne la ligne de conduite et le cadre de fonctionnement dans le collectif. Il se veut immuable afin de garantir l’essence de l’école, même si les fondateurs ne sont plus présents dans celle ci !

Nous souhaitons vivre au sein de l’école une expérience collective où pourront être expérimentées des valeurs qui garantissent la liberté de l’individu au sein d’un collectif, notamment le respect, la justice, la confiance, la souveraineté.

Le respect : c’est reconnaître que l’autre a le droit d’avoir sa place, reconnaître l’autre comme un individu à part entière, se refuser alors de le cantonner à des étiquettes ou d’affirmer contre son gré quels sont ses intentions, ses sentiments, ses besoins ou ses pensées.

La justice : c’est la garantie que chaque individu a le devoir de répondre aux mêmes règles et le droit d’obtenir l’accompagnement dont il a besoin pour comprendre le sens, les causes et les conséquences d’éventuelle transgression.

La confiance : c’est croire que chacun de nous a son propre rythme d’apprentissage, de compréhension, de remise en question, et que chacun fait du mieux qu’il peut pour grandir et choisir de se construire et donc de vivre pleinement.

La souveraineté : c’est la confiance en action. C’est laisser l’autre être acteur de sa vie. Le considérer responsable et autonome, capable d’accepter de l’aide ou de la demander. C’est refuser l’ingérence, et d’intervenir intempestivement sans demande de l’intéressé

Pour cela, l’école propose un environnement sécure où l’enfant pourra être lui-même et participer pleinement aux choix qui l’impactent. Il s’agit d’un environnement où nous reconnaissons que nous avons tous, enfant ou adulte, la même valeur, la même importance, tout en considérant nos différences, mais que nous avons chacun nos rôles, nos spécificités et nos domaines de compétences.

En tant qu’adultes et facilitateurs dans l’école, nous nous engageons à proposer un cadre de base afin de garantir un vivre ensemble ayant pour valeur phare la liberté et non la licence. Liberté la plus totale à toute initiative créatrice qui ne mette pas en péril l’intégrité morale et physique des personnes et de l’école. C’est la raison d’être du projet qui est contenue dans ce cadre, nos aspirations éthiques qui guident nos actions. Tout individu souhaitant rejoindre ce projet, devra donc au préalable adhérer entièrement au préambule, aux règles de sécurité, de respect du lieu, aux lois françaises et au respect de l’intégrité de chacun. Les règles de sécurité, de respect du lieu et de respect des personnes pourront être discutées, clarifiées et/ou reformulées lors du conseil d’école mais ne pourront être supprimées.

Laissez un commentaire

89 + = 94